Désentrainement : quels effets sur les qualités physiques et physiologiques ?

8 Nov, 2020 | Articles scientifiques, Tous les articles

Les différentes mesures prises par le gouvernement cette année pour lutter contre l’épidémie de COVID-19 en particulier avec les différentes périodes de confinements, amènent à se poser de nombreuses questions sur les effets que pourraient provoquer l’inactivité physique sur les athlètes.

Plus largement, au-delà de ce contexte sanitaire, d’autres raisons peuvent contraindre les athlètes à interrompre leur entrainement durant leur saison : une blessure, des raisons professionnelles, des raisons personnelles, des vacances… Quel que soit le motif, les entraineurs doivent être capable de gérer ces périodes d’inactivités pour limiter les pertes de performances…

La compréhension des conséquences du désentrainement sur les qualités physiques et physiologiques des athlètes devient alors une étape fondamentale pour pouvoir gérer ses périodes de façon optimale.

Comment pourrions-nous définir le désentrainement ?

Selon Mujika et Padilla, le désentrainement serait la perte partielle ou totale des adaptations induites par l’entrainement suite à l‘arrêt ou la réduction du processus d’entrainement.

En effet, l’entrainement régulier entraine des adaptations physiques et physiologiques chez les athlètes.  Ce sont ces adaptations qui engendrent ensuite des gains sur les performances. Une période de désentrainement provoquerait alors une perte partielle ou totale de ces adaptations.

 Mais que dit la littérature scientifique ?

Quelles sont les qualités qui vont être impactées chez l’athlète ? L’impact, est-il différent selon la durée de la période d’inactivité ? Une dose minimale d’entrainement peut-il suffire pour maintenir les qualités de l’athlète durant cette période ? L’impact, est-il différent selon le niveau de l’athlète ?

LES EFFETS DU DÉSENTRAINEMENT SUR LES QUALITÉS PHYSIOLOGIQUES (MUJIKA ET PADILLA, 2000)

VO2 MAX

Selon les études, le désentrainement entrainerait une diminution progressive de la consommation maximale d’oxygène (VO2 max) quel que soit le niveau de l’athlète ou la durée de la période d’inactivité.

En effet, à court terme (< 4 semaines), les études tendent à montrer une diminution de 4 à 14 % de VO2 max chez les athlètes de haut niveau.

Chez les athlètes peu entrainés ou ancien sédentaire, la perte est moins importante. Elle serait comprise entre 3,6 à 6 %. Cela s’expliquerait par le fait que plus l’athlète à une VO2 max élevée, plus la perte est importante après la période d’inactivité (Coyle EF et al., 1984)

À long terme (> 4 semaines), les résultats ont montré que les athlètes entrainés subissaient une diminution de leur consommation maximale d’oxygène de 6 à 20 % après leur période d’inactivité de plus de 4 semaines (jusqu’à 8 semaines). Pour les athlètes peu entrainés ou sédentaires, il a été observé un retour aux valeurs initiales.

Les athlètes de haut niveau subissent donc une perte rapide et très importante de leur VO2 max. Toutefois, la perte se stabilise après 8 semaines d’inactivités à des valeurs supérieures ou égales aux individus anciennement sédentaires.

  • VOLUME D’ÉJECTION SYSTOLIQUE (VES)

Les études ont observé une diminution du VES chez les athlètes de haut niveau de 10 à 17 % à court terme et de 14 à 17 % à long terme. Pour des individus moyennement entrainés (après un entrainement de 15 semaines), il a été observé une diminution du VES de 3,9 % après une période d’inactivité de 6 mois.

Comme pour VO2 max, les résultats montrent bien une nouvelle fois que plus l’athlète est entrainé, plus la perte de ses capacités est importante.

À noter également que la baisse importante du VES permet également de comprendre pourquoi la VO2 max est autant impactée par le désentrainement. En effet, il existe un lien direct entre le VES et la VO2 max, ce qui signifie que si VES est impacté par le désentrainement, la VO2 max le sera aussi.

 LES EFFETS DU DÉSENTRAINEMENT SUR LES QUALITÉS MUSCULAIRES (MUJIKA ET PADILLA, 2000)

  • TYPOLOGIE MUSCULAIRE

À court terme (2 semaines d’inactivité), que ce soit des athlètes entrainés en endurance ou des athlètes entrainés en force, les études n’ont pas montré d’effet sur la distribution des fibres musculaires.

À long terme (plusieurs mois), chez les athlètes entrainés, on observe une augmentation des fibres lentes au détriment des fibres rapides, en particulier dans les sports de force et d’explosivité.

Chez les individus moyennement entrainés, on peut observer une perte de masse musculaire.

LES EFFETS DU DÉSENTRAINEMENT SUR LES PERFORMANCES (MUJIKA ET PADILLA, 2000)

  • PERFORMANCE EN ENDURANCE

Les études ont observé une diminution rapide des performances en raison d’un stimulus d’entrainement insuffisant. En effet, pour des nageurs de compétition, le temps de nage sur une distance de 366 m à diminuer de 2,6 %. La durée globale de l’exercice a également été plus court de 4 à 25 % à cause de l’épuisement plus rapide des athlètes.

Chez des individus auparavant sédentaires, il n’a pas été montré une diminution significative du temps d’exercice après 2 semaines d’inactivité. 

  • PERFORMANCE EN FORCE

 À court terme (après 2 semaines d’inactivité), chez les athlètes de haut niveau, il n’a pas été montré une diminution significative des performances en développé couché, en squat, à la presse, en détente verticale. Néanmoins, il a été démontré une diminution significative de l’activité Éléctromyographique (EMG) sur le vaste latéral (un des 4 chefs du quadriceps) de l’ordre de 8 à 13 %.

À long terme (après 8 à 12 semaines d’inactivité), la production de force des athlètes entrainés à diminué de 7 à 12 %. Cette diminution de force semble être lié à la diminution de l’activité EMG, au changement de typologie musculaire et à la réduction de la masse musculaire.

QUELLES SOLUTIONS POUR LIMITER LES PERTES DE PERFORMANCE ?

  • LE MAINTIEN DE L’INTENSITÉ DE L’ENTRAINEMENT

Est-il possible de réduire son entrainement et de conserver ses performances  ?

De quel façon faudrait-il réduire l’entrainement ? Faut-il réduire l’intensité ? Faut-il réduire le volume ? Faut-il réduire la fréquence des entrainements ?

Une étude a démontré que le maintien de l’intensité pendant des phases d’entrainements plus réduit permettait de maintenir les adaptations physiologiques induites par l’entrainement. Ce qui signifie que le volume d’entrainement peut être réduit sans trop impacter les qualités de l’athlètes de haut niveau. D’autres études ont d’ailleurs démontré que le volume d’entrainement pouvait être réduit de 60 à 90 % (selon la durée de la phase d’entrainement réduite) par rapport à la semaine précédente.

Enfin, de nombreuses études ont permis de déterminer le rôle de la fréquence d’entrainement. Ces études tendent à montrer que les adaptations induites par l’entrainement pourraient facilement être maintenues pendant plusieurs semaines si on y réduisait la fréquence. Cependant, il est indiqué que la réduction ne devrait pas dépasser 20 à 30 % chez les athlètes très entrainées. Elle pourrait néanmoins atteindre 50 à 70 % chez des individus moyennement entrainés.

  • L’ENTRAINEMENT CROISÉ

Nous pouvons définir l’entrainement croisé comme étant le fait d’utiliser une méthode d’entrainement alternative par rapport à celle habituellement utilisée.

Ce type d’agencement va permettre à l’athlète de prévenir un éventuel désentrainement causé par une blessure. Prenons l’exemple de la course à pied. C’est une discipline très traumatisante pour l’articulation du genou. Le fait de changer de discipline (exemple : cyclisme) au cours de la semaine d’entrainement permettra à l’athlète de soulager ses articulations.

Ce changement de discipline, au-delà de la prévention des blessures, peut être également bénéfique pour les performances de l’athlète. En effet, la variation des moyens de locomotions va décupler les adaptations musculaires et énergétiques de l’athlète ce qui le fera davantage progresser.

Enfin lors des périodes de désentrainement volontaire, notamment dans des périodes d’entre-deux saisons, il pourrait être intéressant que l’athlète pratique d’autres disciplines qui sortent complètement du contexte de sa spécialité (ex : tennis, kayak, paddle etc.). L’idée de ces pratiques, est que l’athlète puisse récupérer psychologiquement entre deux saisons tout en pratiquant d’autres disciplines un peu plus ludique (du moins qui le sortent de ses entrainements habituels) afin de limiter un maximum les pertes de performances.

  • L’ENTRAINEMENT DU MEMBRE SAIN (PENDANT UNE BLESSURE)

Il peut arriver lors d’une saison qu’un athlète subisse une période de désentrainement forcé à cause d’une blessure plus ou moins longue. Que faudrait-il faire pendant cette période ? Quel type d’entrainement l’athlète pourrait-il effectuer ?

Il existe ce qu’on appelle l’effet controlatéral de l’entrainement. En quelques mots, cela signifie que l’entrainement du membre sain permettrait de limiter la perte de performance du membre lésé.

En effet, lorsque un athlète est blessé à une cheville par exemple. Plutôt que de rester inactif pendant une longue période, le temps que sa cheville soit rétablie. Il faudrait qu’il continue d’entrainer sa jambe saine car les adaptations neuronales induites par l’entrainement en force permettrait à l’athlète de maintenir un niveau de force minimal sur sa jambe lésée.

 CE QU’IL FAUT RETENIR

À travers cet article, nous avons pu identifier les différents impacts du désentrainement sur les qualités physiques et physiologiques de l’athlète. Nous avons également pu constater les effets provoqués sur les performances.

Résumé de l’impact du désentrainement :

  • Diminution progressive de VO2 max à court et long terme chez les athlètes très entrainée et moyennement entrainés
  • Diminution importante du VES chez les athlètes très entrainés
  • Augmentation des fibres lentes au détriment des fibres rapides chez les athlètes très entrainés
  • Perte de masse musculaire observée chez les individus moyennement entrainés
  • Diminution des performances en endurance notamment causé par un épuisement plus rapide
  • Pas de diminution significative des performance en force à court terme chez l’athlète très entrainé
  • Diminution des performances en force importante après 8 à 12 semaines d’inactivité chez l’athlète très entrainé

Résumé des stratégies à suivre pour limiter les pertes :

  • Conservation de l’intensité des entrainements tout en baissant le volume
  • Utilisation de l’entrainement croisée pour éviter de se retrouver dans des situations de désentrainement
  • Utilisation de l’entrainement croisée pour conserver un niveau de performance minimum lors des intersaisons
  • Blessure : Maintenir l’entrainement sur le membre sain pour limiter la perte sur le membre lésée (effet controlatéral)

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RÉFÉRENCES :

Mujika, I., & Padilla, S. (2000). Detraining: Loss of Training-Induced Physiological and Performance Adaptations. Part II. Sports Medicine, 30(3), 145–154.

 Mujika, I., & Padilla, S. (2000). Detraining: Loss of Training-Induced Physiological and Performance Adaptations. Part I. Sports Medicine, 30(2), 79–87.

 Coyle, E. F., Martin, W. H., Sinacore, D. R., Joyner, M. J., Hagberg, J. M., & Holloszy, J. O. (1984). Time course of loss of adaptations after stopping prolonged intense endurance training. Journal of Applied Physiology, 57(6), 1857–1864.

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Alexandre VERGNAUD

FONDATEUR – DIRECTEUR GÉNÉRAL

Alexandre Vergnaud est l’auteur des différents articles scientifiques que vous retrouverez sur notre blog.